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Julien Loxhet à l'honneur
 
6 mars 2008 Concours d'écriture
 

Julien Loxhet a participé au concours organisé par le Théâtre de la Place à Liège sur le thème L'Europe, dialogue et liberté d'expression.

Ce concours était initié par leur sponsor BASE et s'adressait aux élèves du cycle secondaire. Les 10 textes sélectionnés ont été classés par un jury, composé de différentes personnalités (professeur, actrice écrivaine, directrice de la bibliothèque des Chiroux, directeur du Théâtre de la Place, journaliste, chargé de communication chez BASE).

Les textes sélectionnés ont fait l'objet d'une lecture publique prise en
charge par 3 comédiens, en avant soirée de Mondes Croisés, le 6 mars 2008.

Le texte de Julien (voir ci-dessous) a été lu publiquement. Il a gagné un GSM.

Texte écrit par Julien Loxhet (3 décembre 2007)
Bonne lecture!

Il devait être à peu près six heures du matin, mais je ne savais plus où je me trouvais, quel jour on était et le comble de tout, je ne savais plus vraiment qui j'étais. En fait je me rends compte que j'étais un inconnu pour moi-même.
Les fesses endolories et mouillées par l'eau du ruisseau dans lequel je baignais, la tête en mille morceaux, je tentais péniblement de me relever pour sortir du ravin où j'étais tombé. Apparemment j'avais réussi à semer la camionnette de l'asile psychiatrique. Arrivé hors du ravin, je me retrouvai au bord d'une route interminable. Le ciel était blanc, la neige recouvrait les prés. J'avais l'impression d'être dans un désert ou plutôt comme sur une autre planète. Alors je me suis dit qu'il fallait que je coure, que je parte le plus loin possible. La tempête s'était levée, il fallait impérativement trouver un abri. J'avais couru comme un fou toute la matinée et enfin aux alentours de midi, j'aperçus une lueur d'espoir: Une vieille grange abandonnée. Il était vraiment temps que je trouve une planque bon sang! La tempête devenait de plus en plus intense. Je suis entré, je me souviens avoir aperçu un coin où se trouvait de la vieille paille séchée, je me suis allongé complètement frigorifié et ensuite je pense que je me suis endormi tout de suite. C'était sans doute à cause des efforts que j'avais accomplis et des drogues qu'ils m'avaient administrées. De toute manière cela n'a pas d'importance, depuis mon adolescence, j'ai la mémoire qui flanche et le moindre effort me fatigue; j'ai la volonté d'une larve à moitié morte. Au milieu de la nuit, mon sommeil fut perturbé par une violente fringale et je dois dire que j'aurais mangé des rats.
En tous cas, il ne fallait plus rester là, je savais qu'ils me cherchaient. Une fois hors de la grange, le froid finit de réveiller mon corps encore engourdi. Quelle désagréable sensation mais bien évidemment, cela ne valait pas les sarcasmes de ma belle mère ...
Je me rappelle que j'ai marché pendant deux jours, arpentant cette route interminable. Je voyais sans cesse les mêmes décors, des arbres morts, de longues étendues de neige, de glace puis encore des arbres morts ... La lassitude terminait de m'achever le moral. Encore heureux que j'avais réussi à rationner le semblant de bouffe que j'avais emporté en fuyant l'asile. Si je n'avais pas eu l'esprit borné et radin comme papa, je pense que j'aurais crevé tel un misérable dès la première nuit de mon échappée. Ca me sert la gorge de devoir admettre qu'il n'a pas eu tout à fait tort de ne penser qu'au pognon. Mais je n'accepte toujours pas le fait qu'il se soit fait enterrer avec ses sous.
Ces quatre derniers jours étaient passés incroyablement vite. C'était sans doute l'effet des drogues.
Mais ce froid incessant, cette neige, je n'en pouvais plus, j'aurais vendu mon âme, pour être chez moi avec ma petite femme malheureusement décédée suite au suicide de mon fils. J'avais les lèvres gercées à un point que je ne les sentais presque plus ... Juste des lancements atroces, le climat faisait son œuvre, rongeant mon corps meurtri.
Et lors de ce cinquième jour, des événements étranges me sont arrivés. Après une violente chute sur le verglas, je vis des ombres m'adresser la parole.
Je pensais devenir encore plus fou que je ne l'étais déjà et ma chute plus que pitoyable ne pouvait pas être la cause d'un tel délire. Et pourtant ces spectres me parlaient. J'étais étendu sur le sol, ils me dominaient et m'encerclaient. Ma terreur était à son paroxysme. Sans compter ces maux de tête violents; il était clair que les bisons étaient sortis de l'enclos!
Ca y est les ombres parlaient, marmonnaient, leurs rires, me perçaient les tympans...
" Tu es prisonnier d'un manège dément, tu tournes, tu tournes, il ne s'arrêtera pas, tu resteras à jamais enclavé dans ton passé, dans cette vie de Comédie! Laisse pleurer les arbres d'automne pour toi, tu n'aurais pas assez de larmes pour regretter ton existence!"
Honnêtement je me suis toujours plaint que ma vie n'était pas assez poétique et je dois dire qu'à ce moment j'ai ravalé mes paroles. Je parlais avec des choses qui étaient peut-être le fruit de mon imagination ... Etant donné que je ne voyais pas comment je pouvais tomber plus bas, je me suis laissé emporter et j'ai répondu: " Même si ma vie est misérable, que selon les juges, les bureaucrates, je suis fou et que de ce fait, je ne pourrais plus jamais gagner le coeur des gens, j'espère des jours meilleurs!
Je gesticulais dans tous les sens, je me débattais, j'implorais le ciel de me rendre heureux et de faire partir mes chimères.
Une des ombres me rétorqua: " Tu es faible! Tu es comme les autres humains, tu envies ton prochain. Tu es un perdant, les êtres de ta classe sociale finissent rongés par la rancoeur. Tu finiras comme ta famille! Espère juste que les sédatifs qu' "ils" t'administreront t'accorderont un peu de répit et t'empêcheront de te poser des questions."
C'est vrai j'ai toujours attendu une vie meilleure, mais en même temps j'étais tourmenté par une idée contradictoire; Si Dieu existait vraiment, il n'est pas sûr qu'il soit humaniste, c'est surtout une entité faite pour pourrir la vie de l'être humain, juste bonne à vous stimuler, puis vous briser, vous stimuler et vous briser à nouveau. En bref, Dieu est un emmerdeur de première.
J'étais si désespéré, si las de ce combat contre le monde et contre moi même.
Pris dans un élan de rage, je tentai de saisir, ces silhouettes mais j'en eus une nouvelle fois la tête qui tourne ... Des larmes ont coulé le long de mon visage ... Ce profond dégoût m'a fait lancer un râle comme je n'en avais jamais lancé et puis je me suis à nouveau évanoui.
Quand je me suis réveillé, l'environnement était différent, la pluie battait à tout rompre, il y avait du rouge dans le ciel, mélangé à des tons de gris et de noir. C'était sans doute cette pauvre planète qui exprimait sa détresse. Il faut dire qu'elle en avait vu des horreurs... Ne me demandez pas pourquoi mais je ne m'étais jamais senti aussi proche d'elle. Il s'agissait d' une sorte de compréhension profonde, quelque chose d'indescriptible, j'avais pris conscience que dans le fond j'étais chez moi partout sans doute parce que ce monde était rongé par l'échec. Enfin, je ne sais même pas pourquoi je raconte cela car quoiqu'il arrive je devais continuer ma route malgré six jours de marche intensive, une pluie plus qu'abrutissante, de la boue partout, des pieds détruits par les ongles incarnés, des aisselles à l'odeur plus que nauséabonde. Si j'avais eu l'age de dix ans, j'aurais été capable de dire que ça sentait comme chez grand mère.
Je commençais à m'inquiéter car dans cette ambiance oppressante, le bruit des hélicoptères se faisaient entendre. "Ils" me cherchaient! Ma fuite allait peut être prendre fin mais je ne voulais pas me résigner comme je l'avais fait tant de fois.
Je frôlais la crise de nerf mais il m'était inacceptable de donner raison à Bertrand qui avait tenté de s'évader six mois plus tôt.
Ce psychopathe schizophrène n'avait pas à me donner de conseil.
Au bout du septième jour, je n'avais plus de force. Je m'étais cassé deux orteils. Spirituel n'est-ce pas? Je devais certainement être atteint de ce que j'appelle "Loose légendaire", je tenais à peine debout. Au loin on pouvait entendre des aboiements. "Ils" avaient probablement lâchés les chiens. Et puis d'un coup, un filet est sorti d'un buisson, il y avait des pièges partout. Des gaz lacrymogènes m'étouffaient, le filet se refermait sur moi, et pour finir je sentis des matraques me rouer de coups. Je me suis à nouveau évanoui.
Lorsque je repris conscience, je me trouvais dans un endroit sombre et humide, prisonnier d'une camisole de force. Il y avait à nouveau Bertrand à coté de moi en train de me mordiller l'oreille.
Les portes de l'asile resteront toujours fermées. Les lumières artificielles seront mes soleils, mes journées. Les médicaments accélèreront ma déchéance. Rien ne changera jamais, "ils" ont dit que j'étais fou, je serai donc prisonnier de l'image qu'ils ont de moi ... Allez y! Droguez-moi qu'on en finisse!

 



 

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