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Monique Raskin
 

A Monique,

Je vais essayer de vous parler de quelques aspects, peut-être méconnus, de Monique. Quand j’ai connu Monique, nous étions jeunes etc…enfin jeunes et belles! Bref j’ai vu débarqué à Bomal sur Ourthe où j’officiais comme stagiaire Onem depuis un an déjà, une petite jeune femme à peine mon aînée de quelques années et qui m’épatait. Vive, intelligente, enthousiaste, elle possédait (si j’ose dire) deux choses qui me laissaient perplexe et que j’étais prête à envier: un mari ( hé oui …) et une nomination…un autre monde!

Douce, réservée, discrète, je la soupçonnais de réaliser des miracles avec ses élèves. Pas besoin de beaucoup de paroles ni de long discours, elle les mettait au travail et leur faisait produire des merveilles. Peu bavarde en classe donc mais efficace, elle collait à merveille à l’esprit du " rénové" comme on disait à l’époque. Réservée, discrète mais rebelle! Par la suite elle n’acceptera jamais d’appliquer des consignes qui ne lui paraissaient pas correctes où dans l’intérêt de son enseignement. Vous voyez que j’ai eu un fameux mentor!

Comme vous l’avez compris, je l’ai retrouvée des années plus tard à Esneux et cette fois pour ma nomination à moi!. Toujours la même, elle me semblait immuable, toujours discrète, vive et imaginative, de moins en moins mariée, gardant la même gentillesse et le souci de la liberté des autres et de l’égalité. Je dois dire que depuis que les heures de français sont distribuées entre nous, Monique n’a jamais revendiqué un quelconque privilège lié au droit d’aînesse et nous avons pris l’habitude de nous partager – avec les renforts aussi! - les bonnes et les moins bonnes classes, dans un souci de fraternité. C’est suffisamment rare pour le signaler.

Encore un mot en té: Monique c’est aussi la convivialité. Des petites attentions, comme une bouteille de vin blanc dans mon casier en remerciement de quelques services … Le gâteau de 16h pour les rares profs prestant le vendredi après-midi!

Ainsi donc voici 12 ans passés que nous travaillons ensemble (elle est à Esneux depuis 15 ans, elle y fut élève et a commencé carrière avec de petits intérims) , que nous supportons tant bien que mal les élèves, les changements de préfets, d’inspecteurs et de programmes! On s’en est sortie chaque fois, en s’épaulant souvent, en ricanant ensemble des nouveautés incongrues des programmes ou des tuiles diverses qui nous tombaient sur le crâne; en échangeant vaillamment idées et préparations. Le poids est moins lourd quand il y a deux dos pour le porter.

Je vous disais que Monique avait des méthodes très personnelles d’enseignement dès le début de sa carrière, elle les a bien sûr gardées et affinées jusqu’aujourd’hui. J’aurais dû prendre des notes au fil du temps de ses techniques subtiles, de ses colères tactiques, de ses stratagèmes et tours de passe passe qui l’amenaient toujours là où elle voulait aller; enfin là où elle voulait mener ses élèves! Ces démarches étranges qui leur faisaient dire: "Madame Raskin disjoncte! C’est pas possible! Elle… ". Et moi de sourire en recueillant ces confidences au hasard d’un couloir car je connaissais le plus souvent les ficelles de la stratégie moniquesque. La technique qui fascine le plus les élèves, ce sont ses silences qui attendent le leur de silence! et qui les désarçonnent (même si ça ne marche pas à tous les coups, de leur propre aveu). "C’est dommage qu’elle s’en aille car il y a beaucoup d’élèves qui auraient besoin d’une monicothérapie".

Faut dire que ma chère collègue a réussi à amener les plus irréductibles à la poésie de haut vol. Je ne cite que deux exemples récents mais il y en a eu des centaines d’autres avant! Pierre Walraeven révélé au secret de sa propre écriture. Robin Steinmetz récitant du Mallarmé; cela mérite d’être signalé! "Oh funestes moules!".

Mais Monique ne s’est jamais résumée à son travail d’enseignante, même s’il lui tenait à cœur.
Amoureuse de la poésie et de la chanson française, Monique s’occupait beaucoup du cabaret des 6 cordes; ce qui lui prenait pas mal de temps. Pourtant, elle a pris le temps et l’amour d’accueillir dans sa vie deux enfants, Céline et Arul qui – comme tous les enfants sans doute – lui ont amené des cheveux blancs (les notes de téléphone de Céline, les hésitations d’Arul à propos de son avenir) mais ils l’ont aussi fait grandir et aller de l’avant. J’en veux pour preuve le voyage d’Arul vers ses racines, en Inde donc, qui a angoissé son petit cœur de mère mais qui l’a amenée à apprendre à une vitesse inespérée le maniement d’internet et des emails!. Ayant apprivoisé l’ordinateur depuis lors, elle tape maintenant des pages sublimes pour ses élèves, j’en palis de jalousie!

Comme je vous le disais, Monique a plusieurs cordes à son arc, elle a toujours corrigé et suivi avec beaucoup d’enthousiasme les élèves que lui confiait l’enseignement à distance. Ce n’est pas si aisé de suivre les progrès de quelqu’un qu’on ne voit jamais… évidemment c’est moins bruyant qu’une classe!

Elle est aussi une femme de spectacle. A Bomal, toujours, nous avons chacune à notre tour sacrifié à la coutume locale. Les professeurs montent sur scène pour interpréter une pièce comique et les élèves et leurs parents viennent payer pour pouvoir se foutre de leur tête!
Ce goût du spectacle, elle l’a visiblement gardé, car elle a accepté sans difficulté, l’année passée, de remonter sur scène pour le cabaret des rhétos et de réaliser devant un public hurleur (vous pensez, un prof sur scène!) quelques mouvements de Tai chi chouan (encore une passion!) qui demandent maîtrise de soi et concentration. Chapeau donc pour la performance.

Monique, en plus du Tai chi, pratique et enseigne depuis des années la sophrologie. Elle a même essayé de l’introduire dans notre école en proposant des séances gratuites aux élèves et aux professeurs pendant le temps de midi. Constatation, les élèves furent beaucoup plus constants que les professeurs. Et le combat finit faute de combattants.

Encore un autre talent, dès Bomal, elle dessinait déjà mais elle, trop modeste, n’en était pas convaincue et répétait chaque fois: "Guy est plus doué que moi". Elle a sans doute un peu négligé ce talent pendant ses années de service! Faut dire que l’enseignement, ça prend du temps, ça vous use, ça ne vous donne pas toujours l’énergie de créer pour soi après journée! C’est pourquoi, je suis doublement ravie de lui offrir aujourd’hui au nom de tous, ces coffrets d’esquisse et de peinture, preuve, me semble-t-il, qu’elle a au fil des années pris confiance en elle et surtout qu’elle a gardé l’envie de s’exprimer et de nous éblouir à travers cet art. Une thérapeute de mes amies, m’a dit dernièrement, l’amour , on dit toujours que c’est "donner", mais pour que ça fonctionne sans douleur, ce doit être "donnant donnan". Alors, Monique, voici les cadeaux mais à charge pour toi de nous montrer un jour, ce que tu en as fait!

Marie-France Granier

 

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