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Croisière au fil de l'eau - Voyage en Haute Egypte - Mars/avril 2001
 

Récit de voyage

Lundi 26 mars 2001

Arrivée à Louxor vers 19 heures 30. Première surprise, le bateau est parti sans nous! Il paraîtrait qu'on devait arriver vers 13 heures, première nouvelle. Bref, la croisière commence par 100 kilomètres en bus qui nous mènent à Edfou. Conclusion, on nous a volé une journée de navigation soit un quart du trajet! On nous promet qu'on fera toutes les excursions prévues et qu'on rattrapera cette journée en fin de séjour. à voir.

Faut dire que rouler de nuit en Egypte est une véritable aventure. Les attentats islamistes contre les touristes sont redoutés - le tourisme représente 75 % des revenus du pays. Donc on nous protège. Un militaire armé d'une mitrailleuse monte à bord, il s'assied à côté de moi, assise sur le premier siège. Son arme et sa façon de jouer sans cesse avec la sécurité me foutent la trouille. On traverse une zone de travaux qui nous oblige à rouler à 30 à l'heure, mon compagnon est de plus en plus nerveux et moi, j'ai des fantasmes de balles perdues. Contrôles, barrages et chicanes ponctuent notre route vers Edfou. Nous avons enfin le droit d'avaler un sandwich vers minuit et le bateau se met en route vers Assouan: cette navigation de nuit nous enlève la jouissance de la deuxième partie du voyage! Enfin demain matin relâche: ouf! Mais ce voyage qui me paraissait trop organisé prend soudain des allures d'aventure qui me mettent d'excellente humeur.

Mardi 27

Arrivée à Assouan au petit matin: rien d'exceptionnel en fait dans cette ville mais rien à faire son nom me fait rêver, la porte du Soudan, de l'Afrique, les mines d'or et de turquoise, Memphis enfin.Matinée libre, bronzette sur le pont supérieur du bateau: à 9 heures c'est déjà la fournaise. A 11 heures, je ne tiens plus: heureusement c'est l'heure de l'apéro, je me mets à l'ombre avec un ouzo local, un zibib. Tout est hors prix sur ce rafiot, sauf cette boisson locale que je paie quand-même 70 francs belges. Dîner. Nous partons pour faire le tour de l'île éléphantine en felouque (barque à voile typique de la navigation sur le Nil) moyennant le paiement d'un supplément bien sûr! Il n'y a pas un souffle de vent. On se fait pousser pendant quelques mètres par un bateau à moteur, on attend le bon vouloir d'Eole (quel est diable le dieu égyptien que nous pourrions invoquer?). On termine à la rame. enfin aux madriers. les gars n'en peuvent plus; dès qu'ils peuvent nous montrer de loin le mausolée de l'Aga Khan, ils rebroussent chemin. Ouf pour eux, ouf pour nous, à 40 ° à l'ombre! Tant pis pour le tour de l'île!

Visite d'une fabrique de papyrus. Exposé court et intéressant sur leur fabrication. La suite: par ici les dollars! Tout est à acheter. A notre demande, on nous débarque dans le souk: la guide préfère bien sûr nous guider vers « ses » magasins où elle reçoit une commission, 30% en général.

Le soir, oh merveille! , nous assistons au son et lumière sur l'île de Philaé. Sur le trajet, toujours des flics, des barrages et des armes. Des bateaux à moteur nous conduisent jusqu'au temple d'Isis sauvé des eaux, tous feux éteints. Nous serions des cibles trop visibles pour des tireurs mal intentionnés. Le texte du spectacle est un peu pompeux, un peu lyrique - difficile de trouver le ton juste dans un endroit pareil - mais le décor est à couper le souffle, nous sommes dans un autre monde, celui des dieux.nous recherchons avec la déesse les morceaux dispersés d'Osiris, surtout le dernier, avalé par un poisson. Inoubliable.

Mercredi 28

Grâce à une "courrerie" matinale à la banque, la guide refusant nos francs belges, on s'aperçoit que notre devise en effet ne vaut pas grand chose ici! Le dollar est décidément mieux vu. Pourtant si les touristes belges sont légions ici malgré la petitesse du pays, les Egyptiens ne sont pas près de voir des américains sur leur terre! Ou alors sans quitter leur bus aseptisé et climatisé: il fait trop chaud, trop sale, trop vieux, trop pauvre. Nous subissons cependant l'opprobre sans broncher.

Nous revoilà sur une barque, à moteur cette fois, comme les autochtones qui n'ont pas le temps de jouer à la navigation ancienne! Re- l'île éléphantine, jolie balade sur le Nil. Nous débarquons un peu plus loin, au pied d'un village nubien, reconstruit car l 'ancien se trouve sous l'eau du lac Nasser: le gouvernement a dû déporter et réinstaller ces populations chassées par le barrage. En fait de village, notre guide ne nous montre que la cour de la première maison où nous sommes priés de consommer et incités à acheter leurs babioles: que touchera notre chère Zahra? Nous ne verrons rien d'autre, rien des tombes dont il est question dans mon guide, ni une rue entière. Enfin le déplacement valait le coup: le Nil, les roseaux, les oiseaux, les dunes de sable jaune. Arrêt encore à l'île Kitchener, devenue jardin botanique avec ses aigrettes blanches et ses fleurs exotiques. Douceur de l'ombre et de l'humidité en cette après-midi chaude et terriblement sèche.

Retour aux cabines, le bateau navigue vers Kom Ombo: notre première vraie navigation de jour. Le temps change, le vent se lève, on sent le début d'une tempête de sable, mais heureusement tout se calme. Le ciel est cependant voilé et l'air devient plus humide. Je peux même rester au soleil sans rôtir. A la soirée, on accoste. On nous emmène en catastrophe - au point d'oublier 4 élèves sur le bateau - jusqu'au temple de la ville. Temple ptolémaïque, surchargé de sculptures, chaque pierre est travaillée, à l'origine entièrement peint, Kom Ombo nous apparaît splendide à la lumière des spots (il fait nuit tôt). Il y a un monde fou, les groupes se bousculent et les guides s'injurient. L'atmosphère n'est guère au recueillement malgré la majesté du lieu. On entend à peine notre guide dans cette cohue. Quelques traces d'Amenoteph; cet ingénieur qui dessina le plan d'une pyramide à escalier était aussi un chirurgien, il trouva le moyen d'embaumer le corps de sa femme qu'il avait tant aimée. Voilà comment naît une tradition. A la sortie, on peut encore voir des corps embaumés de .crocodiles, dédiés à Sobek, un des deux dieux vénérés ici - l'autre est Horus sous la forme de Haroéris, avec sa tête de faucon et le disque solaire. Le mur où se trouvent décrits les instruments de chirurgie de l'époque est passionnant. On opérait toutes les parties du corps, on ouvrait les morts, on trépanait. Quelle civilisation! Nous découvrons aussi un immense nilomètre - qui mesurait les crues du Nil, donc - en forme de clé de vie, profond de 10 mètres. On termine la visite et toujours en catastrophe, on rentre vers le bateau. Surprise! Il a changé de place. Au lieu d'être apponté contre les autres comme d'habitude (on traverse ainsi deux trois bateaux hôtels avant d'atteindre le nôtre), il se trouve isolé accroché à quelques rochers dans un endroit éloigné du port. Un des réceptionnistes est venu nous attendre sur le quai et nous conduit le long d'un chemin non éclairé qui suit la côte et de l'autre côté longe un champ de céréales. On ne voit pas où l'on marche et la colonne s'étire car chacun revenait à son rythme. On se hèle dans la nuit pour ne pas se perdre. Je fais un gros effort pour ne pas glisser vers le fleuve. C'est à ce moment que le co-voyageur qui me précède me lance: « Fais attention où tu mets les pieds, il doit y avoir des scorpions et des serpents » et il ajoute, sadique jusqu'au bout « c'est l'heure où ils sortent ». De toutes façons, je ne vois rien: comment éviter quoi que ce soit? Le bateau est enfin en vue, ses lumières nous aident à franchir les derniers mètres. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines, il faut encore dégringoler le talus sableux et rocailleux jusqu'à l'eau, et il est escarpé! Deux hommes d'équipage et des militaires (encore eux) nous empoignent pour la chute finale: le fleuve est au bout de la pente. Reste à franchir la passerelle; manque de pot, elle glisse et bascule sur le côté! Par chance personne ne traversait à ce moment. On la redresse, je passe, le plus vite que je peux, je suis sur le pont, les pieds pleins de sable et de terre mais entière. Le temps de rincer mes chers souffrants et on se rue vers la salle à manger. La faim est intense. Les soldats ont repris leur mitraillette, ils surveillaient notre embarcation, mise à l'écart; ils s'en vont au dernier moment quand le bateau s'éloigne du bord. Nous naviguons encore une fois de nuit vers Edfou.

Jeudi 29

Lever à 6 heures, on visite le temple tôt ce matin, nous naviguerons toute la journée vers Louxor. Le temple d' Edfou est consacré à Horus, il est comme celui de Kom Ombo, surchargé de sculptures dont peu sont encore colorées. Le bâtiment est impressionnant de grandeur mais le site ne prête pas à l'extase: travaux, gravats, dépotoirs; d'autant plus que la foule dense, genre dimanche de Batte quand il fait beau, ne permet aucun répit. Pourtant la barque sacrée en cèdre du Liban, rançonné par Pharaon, vaut le détour et les peintures sauvegardées racontent toute l'histoire des dieux, mais nous sommes poussés par les groupes qui piétinent derrière nous.

Le plus impressionnant c'est le ballet des bateaux et des calèches qui attendent les voyageurs. A un rythme effréné, les chevaux se bousculent, se dépassent: c'est la lutte pour la vie ou pour le touriste, ça revient au même. Tous crient l'un sur l'autre; on risque sa vie à chaque instant. Le site se trouve à dix minutes à pied du port mais il n'est pas pensable d'éviter les calèches sous peine de bagarres et d'injures. Ca grouille de monde, de mouches et de puces (piqûres à l'appui), les marchands harcèlent et agrippent particulièrement les chalands: bref, la vie quoi.

En route pour Thèbes aux sept portes. Nous attendrons cinq heures avant de pouvoir passer l'écluse d'Esna. Il y a trop de navires pour un seul couloir navigable et une écluse qui n'accepte que deux bâtiments à la fois l'un derrière l'autre. Nous passons enfin l'obstacle à la tombée du jour. De petites embarcations entourent notre hôtel flottant et les marchands nous lancent des marchandises textiles dans des sachets en plastique, jusque sur le pont supérieur! une prouesse. Commence alors un marchandage et un troc du tonnerre; tout le monde s'amuse à ce jeu et chacun achète nappes et foulards. Ce jeu inouï dure tout le temps de l'approche de l'écluse. Les acheteurs crient et s'excitent autant que les vendeurs. C'est mieux que le millionnaire à la télé! Nous arrivons vers le milieu de la nuit à Louxor. Encore un nom de rêve. Débauche de lumière et de bateaux évidemment. On n'est pas vraiment seul sur le Nil, hélas.

Vendredi 30

Départ matinal pour les deux temples de Louxor et de Karnak. Quelle beauté, quelle ampleur, quelle majesté, quel équilibre, quelle pureté! Je ne trouve plus de mots. Ah! Ramsès dans ta mégalomanie tu as quand-même donné la parole à tes meilleurs artistes, sois en remercié avec quelques millénaires de retard. Ici, c'est le règne de la sobriété et de la puissance. Ici, les colonnes - contrairement à la débauche ptolémaïque plus « récente » - sont toutes semblables et dans un alignement impeccable. Tout est monumental mais rien n'est gratuit. Hallucinant. Ce temple fut construit sous les règnes d'Aménophis III et de Ramsès II, il y a donc 3.500 ans; il est consacré au Dieu Amon représenté sous les traits d'Amon-Rê, le dieu solaire, ou ceux d'Amon-Min, l'impudique; cette divinité ithyphallique au bras coupé, punition de Pharaon pour avoir engrossé toutes les femmes de la cité au lieu de les protéger comme prévu. Mais bon sang pourquoi le bras?

Devant le portail, un seul obélisque: l'autre est à Paris; mais aussi l'imposante statue de Ramsès II. En face une toute petite partie de ce que fut l'allée des sphinx qui reliait les deux temples. Nous en verrons la continuation en parcourant la ville en calèche l'après-midi: on n'en a pas encore déterré tous les éléments.

Louxor donne le vertige, mais que dire de Karnak. Le grand temple d'Amon s'étend quasiment comme une petite ville. Il fut érigé successivement pendant plus de 2000 ans au gré des Pharaons successifs. L'entrée est monumentale, digne des plus grandes places publiques, la salle hypostyle est la plus grande du monde avec ses 134 colonnes, puis c'est une succession de temples, de tombeaux, un lac sacré, des obélisques dont celui de la reine Hatshepsout que son successeur avait fait enterrer (une femme, même pharaon, ne pouvait laisser de traces!) et qui grâce à la protection du sable se dresse impeccablement conservé! Juste retour des choses ici-bas.

L'après-midi après un tour de ville édifiant car il passait en revue tous les aspects de la vie à Louxor, troisième ville du pays, du plus moderne au plus sordide, de la campagne aux souks, une visite du musée s'est imposée. Tout moderne, vaste, aéré et contenant quelques merveilles dont des statues pour la plupart intactes, en granit ou en basalte, retrouvées dans les sables des temples; sans oublier un merveilleux sphinx en albâtre.

Samedi 31

Comme toujours, le meilleur reste à venir. Départ à 6 heures, le grand jour. Nous nous dirigeons vers la rive occidentale du Nil et derrière la barrière de montagnes arides apparaissent les vallées nécropoles. Nous commençons par les tombeaux des artisans accrochés à un village pharaonique arraché au désert. Deux tombes « modestes », creusées à la sortie du village, superbement décorées par des scènes de la vie quotidienne de ces familles ensevelies et leur départ pour l'autre monde. On les dirait peintes de la veille. Est-ce le désert ou la technique qui les a conservées si présentes? En tout cas ces descentes aux tombeaux sont émouvantes de proximité, les visages sont si vivant encore. Ensuite nous pénétrons dans la vallée des Reines. Nous ne nous arrêterons que dans celle de Nefertari, grande épouse de Ramsès II. Là c'est le choc! Quelle splendeur! Des frissons me parcourent et je me retrouve avec les larmes aux yeux. Je suis tétanisée devant sa grâce et sa beauté. La plupart des murs sont intacts, les couleurs d'une pureté rare et les dessins en relief. Les mots me manquent, l'impression qui ressort de ces fresques est indescriptible. Cette tombe vaut vraiment le supplément demandé. Le rêve n'a pas de prix. De plus, ici, on ne laisse entrer que 140 visiteurs par jour, nous sommes huit pour la visite de ces pièces sacrées. Le bonheur total, le silence, le recueillement.Dernière étape, le cirque surchauffé de la vallée des Rois. Nous avons droit à la visite de trois tombeaux. Trois sarcophages tapis au bout de leur tunnel décoré, entourés à l'époque de toutes les richesses que ces voyageurs illustres emportaient pour la vie future dans une autre Egypte plus belle et plus juste que la vie terrestre. Comment ont-ils réussi à creuser ainsi ces refuges à même le roc sans outils vraiment performants? Combien de sueur? Combien de larmes? Combien de morts pour réaliser ces demeures de vie à l'usage des morts? La demeure de Ramsès VI me laisse la plus belle impression avec ses plafonds d'un bleu profond décorés de tons jaunes. Mais il faut les mériter ces merveilles! Les groupes ici aussi sont légions et on se bouscule tout au long de la descente. Je me choisis un coin reculé pour pouvoir tout à mon aise admirer les peintures et la grandeur du lieu. Hélas tous les bonheurs ont une fin.

Au retour, quelques-uns s'offrent une balade à dos de chameaux dans la campagne environnante. Le voyage touche à sa fin. Contrairement à ce qu'on nous avait promis, nous ne repartirons pas, la navigation est finie et nous sommes coincés à quai jusque lundi soir. Mais tant pis, les promenades à pied et en calèche le long de la corniche et les nombreux achats nous consoleront.

Marie-France Granier

 

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